Carnet de route

Traversée de la Chartreuse en automne(nomie)

Le 09/01/2010 par Olivier Juaneda et Julien Labergerie

 

L’idée, impulsée par Julien, était de traverser le massif de la Chartreuse sans utiliser voiture ou bus. Sur les cartes, la distance était assez importante : partir de la gare de Grenoble, traverser le massif et 4 jours plus tard, arriver à la gare de Chambéry : une demi-carte IGN à parcourir chaque jour !

Tout cela avait un petit côté aventure : allions nous tenir la distance, le poids des sacs allait-il irrémédiablement nous cisailler les épaules et peser sur nos genoux, qu’en était-il des cabanes où nous comptions dormir, trouverions-nous de l’eau, … . Après une importante préparation (grimpe et bronzette dans le Sud…), nous voilà dans le train pour Grenoble. Arrivée à la gare, moment incongru où l’on part randonner en plein centre-ville, légèrement en décalage vestimentaire !

 

Vendredi

 Le temps est au beau fixe pour 3 jours, le tee-shirt est de mise, nous sortons rapidement de Grenoble en montant à la Bastille. Montée tranquille, beau point de vue sur la ville… et sur le fort Saint Eynard, qui nous paraît bien loin ! Passage le long du Jalla, montée au fort (finalement pas si loin), pause déjeuner et bronzette au soleil. On découvre une grande partie de notre périple : Chamechaude (au pied duquel nous dormirons ce soir), dent de Crolles, Granier, et toujours cette vue sur Grenoble, le Vercors, Belledonne, le Mont Blanc, on se sent bien… La suite consiste en une longue arête dans les bois, surplombant les falaises. Descente, petit café au Sappey-en-Chartreuse (dernier endroit habité que l’on traversera avant Chambéry) et on arrive après une petite montée à l’habert de Chamechaude vers 17h00. Au pied de Chamechaude, l’endroit est magnifique, à l’orée d’une forêt rougie par l’automne. Le habert dispose d’une cheminée et sera le plus propre et le plus confortable du périple.

 

Samedi

Après une bonne nuit de 10 heures, nous partons pour ce qui sera avec le recul l’étape la plus physique de la traversée.

Nous laissons les sacs et partons gravir Chamechaude en mode express, par la fameuse et raide brèche Arnaud qui conduit directement du refuge à la crête sommitale. Nous nous ravitaillons en eau sur l’autre versant, sachant que les sources seront rares et certaines taries pour le reste de la journée et même pour le lendemain. Le relief calcaire (karstique) érodé conduit l’eau en profondeur et fait de ce massif un haut lieu de la spéléologie. En contrepartie, il y a peu d’eau en surface et nous devons être économes et prévoyants.

Après avoir récupéré les sacs au habert, nous entamons une longue étape forestière qui nous conduit au pied du deuxième grand sommet du jour, la dent de Crolles, chargée de randonneurs. Entre la dent et le dôme de Bellefond, c’est un parcours physique et technique dans un lapiaz forestier avec un passage étroit et vertical, la belle « cheminée du Paradis » et des crêtes dominants la vallée du Grésivaudan.

Du col de Bellefond, nous prenons une variante dans des pentes d’herbes et de terre, pour tester la qualité de nos chaussures toutes neuves et pour faire honneur à la harde de chamois qui nous observe de loin avec suffisance.

Au terme d’une étape de 10 heures, nous arrivons au habert de l’Aulp du Seuil. Après avoir rempli deux énormes arrosoirs d’une eau douteuse dans un abreuvoir à bétail, nous découvrons une source claire juste derrière la cabane… qui n’en est pas vraiment une, plutôt un abri bien fragile, peuplé de petits rongeurs hyperactifs et traversé de courants d'air.

 

Dimanche

Départ à l'aube, encore une belle journée en perspective. Nous marchons rapidement au cœur de l'alpage de l'Aulp du Seuil (dévasté par les sangliers, c'est impressionnant!), et pénétrons dans la réserve biologique intégrale de l'Aulp, très protégée, dont la forêt n'est pas entretenue volontairement mais que nous pouvons cependant traverser. Le sentier est quasi plat et après un étonnant lapiaz forestier nous contournons une barre rocheuse pour remonter sur le "pas de l'échelle".

La veille, des randonneurs nocturnes nous avaient conseillé d'emprunter la sente de la "Fouda Blanc" pour atteindre le sommet du Truc (ou Mont Pinet). Ce passage ou "sangle", qui suit une courbe de niveau entre deux barres, est superbe, et aérien à souhait. Nous dominons le plateau de St Pierre d'Entremont et ses nombreux villages entourés de belles forêts rougeoillantes. Une ligne de faiblesse dans la falaise qui nous domine et nos pulsions alpinistiques nous reprennent. Nous montons  des pentes d'herbe raides et de caillasses, terrain à chamois par excellence. Comme là où le chamois passe passer aussi nous pouvons (impératif Juaneda, que je partage), nous sortons sur la crête qui nous emmène au sommmet du fameux Truc. Notre forme est parfaite après deux jours et demi de marche, nous effectuons de grandes distance et dénivellations sans forcer et en prenant le temps du voyage.

Après la pause nous descendons au habert de l'Alpette, où nous avions prévu de déposer les sacs pour gravir le Granier en aller/retour avant de passer la nuit. La déconvenue est grande lorsque nous découvrons que la cabane est occupée par une bande de  jeunes malpropres en descente de gueule de bois et peu motivés par le rangement. Du haut de notre trentaine outrée nous abandonnons le terrain à ces post adolescents plus sales que les campagnols  et les sangliers de l'Aulp du Seuil...et décidons de continuer avec armes et bagages vers le Granier et de descendre en vallée directement par la face ouest.

Le Pas des Barres nous mène au plateau, nous repérons le sangle (sic) de descente, déposons les sacs et "volons" jusqu'au sommet. La sensation de légèreté procurée par l'entrainement et l'absence de sac est grisante! Du sommet nous devinons le trajet du lendemain qui conduit à Chambéry. La descente dans la solitude des barres de calcaire blanc et des vires herbeuses est un moment précieux ; troublé par la clochette d'une petite et vieille chienne de chasse perdue en pleine montagne, qui a su suivre les chamois de cheminée en couloirs mais se révèle incapable de désescalader seule. Elle a désormais le poil ébouriffé et le cul crotté, et nous la portons sur quelques passages. Après un immense et raide pierrier vite expédié nous arrivons à la petite station et au gîte...mais malgré nos neuf heures de marche le propriétaire nous envoie voir chez son collègue une heure plus loin ! En fait il ne voulait pas ouvrir pour deux marcheurs suants et puants en arrière-saison. Son concurrent le discret et gentil Daniel nous accueille sans tergiverser et avec simplicité.

 

Lundi

Après cet écart confortable à notre programme de cabanes nous quittons le gîte de l'Ours (en référence aux carcasses d'ours préhistoriques  trouvées par dizaines dans les grottes du Granier) sous une pluie battante. L'été "indien chartrousin" est fini, le but est de rallier la gare de Chambéry pour 16h30. N'ayant plus l'habitude d'avoir une contrainte horaire et pressés par les averses nous aurons finalement trois heures d'avance...Une traversée de rivière gonflée par les intempéries,  un dernier sommet, la pointe de la Gorgeat derrière nous, et nous voilà lancés dans la belle descente forestière raide, feuillue et boueuse jusqu'à la périphérie de Chambéry.

Nous finissons notre raid sur le bitume, rasés et aspergés par les conducteurs indélicats qui provoquent le juste courroux d'Olivier!

L'arrivée en ville et l'entrée en gare sont épiques. Nous nous changeons au milieu d'une grande flaque, puis attendons le départ dans une proche brasserie.

Nous rentrons avec le plaisir d'avoir découvert un massif nouveau pour nous qui sommes plus habitués aux reliefs d'altitude, pendant une saison qui se prête particulièrement bien à la grande randonnée, et dans des conditions d'autonomie et de voyage "écoresponsables".

Pour une éventuelle suite l'année prochaine, Olivier étudie la possibilté de réaliser une traversée des Bauges dans le même esprit, d'une gare à l'autre et en autonomie...à bon entendeur !

 

 

 

 







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