Carnet de route

Baltschiedertal : la vallée enchantée

Le 22/07/2014 par Ducrot Philippe

C'est Julien qui a découvert ça : l'arête sud du Stockhorn, ou arête des cinq tours. Extrait d'un compte rendu sur camptocamp :

« c'est beau, splendide, magnifique, énorme, majeur... vous appelez ça comme vous voulez, mais Maurice Brandt doit avoir raison en disant que c'est la plus belle course d'arête des bernoises....
On était la 16e cordée de la saison. Autant dire que le truc est super peu fréquenté... étant donné à quel point la course est magnifique, c'est juste hallucinant ! »

Le programme de la semaine est vite trouvé : montée au bivouac du Stockhorn le premier jour, cette fameuse arête le second, avec montée à la Baltschiederklause dans la foulée, puis trois courses à partir de cette dernière. Là, il y a le choix : du rocher, classique ou moderne sur le Jägihorn, le Breithorn de Lauterbrunnen (arête Blanchet), de la neige au Nesthorn, du mixte au Bietschorn. Parlons en de celui-ci : le seigneur des lieux, encore surnommé «le roi du Valais ». Pas de voie d'accès vraiment facile, la descente prend autant de temps que la montée quelle que soit la voie choisie. Bref, de quoi s'occuper sainement.

Jeudi onze juillet : il pleut sur toute l'Europe de l'Ouest depuis cinq jours, pas de changement de temps avant le début de semaine. L'Oberland semble encore nous échapper... On décide de se rappeler samedi.

Vendredi, le retour du beau temps dès mardi se confirme. On y va ! Départ lundi matin six heures de Dijon. Cinq heures plus tard, nous sommes à Ausserberg. Le temps de payer la route à péage qui permet de gagner 300m de dénivelé, et nous voilà qui marchons le long de la bisse qui ramène l'eau au hameau supérieur. Les sacs sont bien lourds, et nous devinons que la montée va être longue... Deux bonnes draches plus loin, nous sommes à la bifurcation qui mène au bivouac. Le chemin se perd dans les pierriers, et nous atteignons le couloir qui donne accès au plateau. C'est raide, et heureusement équipé façon via ferrate.

Le bivouac est un spoutnik, nous serons huit à nous y abriter. Huit, c'est quatre (nous), plus deux (elles) et encore deux (eux). Eux nous ont doublé comme des flèches dans la montée. On devine les jeunes affutés. L'impression se confirme quand ils nous dévoilent leur objectif du lendemain : l'enchaînement arête sud du Stockhorn-arête sud du Bietschorn. Ca doit faire deux kilomètres de long, et 1300m de dénivelé, et la partie médiane est un infâme tas de cailloux branlants... Ils seront en haut du Bietschorn à 18h30 le lendemain.

Elles sont deux bernoises, d'aspect débonnaire. Nous partons une demi-heure après elles, à six heures (eux sont partis à 2h30). L'escalade est belle, en grosse jusqu'au pied de la cinquième tour, la plupart du temps à corde tendue. Nous avançons bien, mais il faut nous rendre à l'évidence : les bernoises nous foutent la pâtée. Jamais nous ne les rejoindrons, et elles prendront une heure de repos au bivouac quand nous peinerons encore à trouver notre chemin dans le dédale de la descente... Pour nous la fin de journée s'annonce laborieuse, et le repas à 18h30 à la cabane compromis. Nous y arriverons finalement à 19h, deux heures après nos deux suissesses. L'accueil est d'emblée cordial, et malgré le souci suisse de ponctualité, nous ne subissons pas de remontrance, tout juste quelques sarcasmes...

Le plus dur est qu'il faut d'emblée envisager le lendemain. Calmos, on choisi l'arête sud est du Jägihorn, course de rocher en AD, dont le départ est à moins de 100m de la cabane. Nous quittons le refuge vers 6h30, avec les filles qui ont aussi choisi cette course. Dès les premières difficultés, nous comprenons qu'encore une fois, nous ne serons pas les premiers rentrés... La voie est belle et assez soutenue, certains passages en grosse demandent un peu d'attention. La descente se termine dans la neige, et nous sommes de retour plus tôt que la veille.

L'objectif suivant est la fameuse arête Blanchet, qui n'a pas encore été faite. Doutant de nos capacités à la sortir dans des temps raisonnables, nous baissons pavillon, et choisissons le Nesthorn (3822m), dont la coupole sommitale se contemple du refuge. Cette fois, il faut partir de nuit, et les petits réflecteurs judicieusement disposés sur l'approche nous guident vers le bas de la Baltschiederlicka, équipée de cables sur sa rive droite. La vue du sommet est splendide, sur une bonne partie de l'arc alpin.

Last but not least, le Bietschorn. Malgré les cuisses et les genoux qui commencent à demander grâce, nous décidons de tenter l'arête Nord, gravie la veille par un guide et ses clients, et apparemment en excellentes conditions. Lever à 2h15, et, accompagnée de Nadia, l'une des deux suissesses dont la compagne de cordée est redescendue la veille, nous remontons prestement (un peu trop prestement au goût des deux poilus du groupe) le Baltschiedergletscher jusqu'au pied de l'arête. De là, 200m de mixte assez raide nous propulse sur la belle croupe neigeuse, puis le point 3706m, qui marque le début de l'arête proprement dite. Crampons au pied, nous avalons les 200m qui nous séparent du sommet, gravissant au passage les deux petites dalles en IV équipées de spits. Sommet à 7h30, pas mal. La descente se fait en prenant son temps, la chute est interdite... Le glacier traversé à l'aller présente quelques crevasses masquées qu'il nous faut éviter, et nous retrouvons le refuge.

Ce soir, la gardienne nous offre l'apéro, en revanche de quoi nous nous chargeons de la vaisselle... Une bonne nuit, et la descente sur Ausserberg nous paraît presque agréable. L'eau remonte la pente dans la bisse, le marteau, grippé lundi, frappe à nouveau ses coups réguliers (à quoi sert-il? voilà l'explication en direct: il permettait de controler à l'ouïe depuis la vallée et les prés en dessous que l'eau s'écoulait normalement. Si le marteau ne battait plus, c'est qu'il y avait un souci, canal bouché par exemple, on montait donc régler le problème, CQFD! Il faut aussi dire qu'à l'époque il y avait beaucoup moins de bruits parasites en vallée et que le bruit du marteau portait beaucoup plus loin!).

Des projets pleins la tête (Doldenhorn, Blüemlisalp) nous rentrons comblés à Dijon.

Santé ! 







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