Carnet de route

La Porte des Etoiles... 26h sous terre.

Le 06/12/2014 par françois Beaucaire

La Porte des Etoiles (PDE) Grotte du Neuvon
Samedi 6 et dimanche 7 décembre 2014
Compte rendu Fabrice Couhier
Photos Philippe Clément
Mise en page François Beaucaire


Lors de notre WE Spéléo dans le Doubs début novembre 2014, à Fourcherans, nous avons rencontré au gouffre d’Ouzène des gens d’un club de Nancy qui nous racontent avoir fait le réseau du Neuvon.
Patrick (SOSO) nous dit « On a oeuvré pour ouvrir et brocher ce trou, et on n’y est pas retourné depuis, il faut qu’on y aille ! Je vais voir avec Jean-Louis pour réserver avant la fin de l’année ! ».
Cela se fera le weekend du 6 et 7 décembre qui est libre ! Philippe cherche des comparses pour aller le plus loin possible dans l’amont. Je suis partant ainsi que François Be qui voudrait profiter de notre escapade souterraine pour acheminer du matériel de bivouac, mais un vrai bivouac (pas comme au Soucy) ;
Fr : « J’emmènerais bien ma petite tente 2 places d’un kilo et un duvet à laisser sur place au-delà de la galerie des Prédateurs ! »
Je suis assez d’accord avec cette option, un pavé est lancé dans la mare de mes rêveries spéléologiques et le remous de l’onde d’eau provoqué, ravive ma soif de découverte !
Soso, notre technicien cordiste hors pair équipera les 100m de puits de la PDE dès le samedi matin, et nous enchainerons sur le coup des midis !
Samedi 6 décembre 2014.
Rendez-vous à 12h devant la ferme de la Pérouse, après une brève discussion avec Anne-Marie qui prépare le repas des chasseurs dans leur cabane de luxe, nous nous changeons et traversons le champ avec nos sacs Sherpas de 10 kg.
12h45 : Entrée dans le trou. Les 3 compères descendent les 100m de puits sans encombre (Regard de Benj, rappel guidé, la vire, puis les 20 derniers mètres) et on se retrouve dans la galerie. Nous cheminons alors le long de celle-ci (galerie de l’Enclume), passons devant l’oasis, puis c’est la salle de l’Avalanche ; ensuite nous arrivons à l’intersection avec la belle rivière des Chailles, où les 2 vieux blocs du Nanar ont disparu, mais on peut encore y trouver les vieilles plaquettes et spits du père Degouve dit « Chouchou » qui finissent de rouiller (millésime 1976).
Cela faisait plus de 4 ans (juillet 2010) que je n’étais pas revenu jusqu’ici, à l’époque la PDE n’était pas encore ouverte, et nous étions alors avec François Be passés par le siphon pour un périple nous menant de l’Oasis à la salle du Putsch.
Nous continuons dans la grande galerie sombre (Galerie Amont) en passant par le haut, laissant la rivière en contre bas ! On respire mieux, je ne sens plus les effets du CO², présent dans le bas de la cathédrale.
Il est 15h, nous rejoignons Soso, Annick, et François le Doc dans le théâtral living room : le Putsch ; un petit brin de conversation sur les grandes dalles de calcaire blanches qui composent cette salle d’effondrement (symbole de la chute du règne du Docteur Castin). Nous reprenons notre chemin vers l’amont en progressant dans le réseau de la Porcelaine ; seul Philippe, de nous trois, connait cette partie, pour y être venu l’année dernière, jusqu’à la Voie royale. C’est une galerie de taille plus réduite où l’on retrouve un bras de rivière dans la deuxième partie, les plafonds bas et concrétionnés donnant lieu à quelques casses involontaires de stalactites. La troisième portion juste avant d’arriver à la cascade, est plus aquatique, et il faut évoluer à quatre pattes (voute basse) dans 40 à 50 centimètres d’eau. La beauté des lieux ne nous laisse pas insensibles : en effet, la galerie est ponctuée de magnifiques gours blancs que nous souillons quelques peu par notre passage !
Nous entendons alors un bruit de chute d’eau et nous débouchons par un passage bas dans une grande salle où le bruit est assourdissant. Deux cordes sont en place de chaque côté de celle-ci !
François s’exclame : « Il n’y a plus l’échelle ! »… « Ah, si, je la vois, elle est sur la gauche de la cascade ! ». La cascade fait 5 à 6 mètres de haut, et n’a rien à envier à celles des gouffres du Vercors !
16h, nous faisons un rapide gouter ; un vieux baudrier et deux longes ont été laissés là, par les anciens, juste à côté d’un joli parterre de mini gours, sorte de modèle réduit du célèbre site turc PAMUKKALE !
Les pâtes de fruits et autres chocolateries étant englouties, Philippe, confiant, décide de monter sans bloqueur, sur l’échelle d’alu déjà en place. Et là, je suis médusé… en une fraction de seconde, il se retrouve comme les Dupondt dans les BD de Tintin, les quatre fers en l’air deux mètres en contre-bas !
« Philippe… ça va ?!! », L’échelle a cassé à 4 m de haut, dès qu’il a mis le premier pied, les deux câbles ont cédés nets, provoquant sa chute!
Se remettant de son choc, il répond : « oui, oui, ça va, juste l’épaule un peu talée, mais ça va !! ». Je vous laisse imaginer la suite, si celle-ci avait cassé après plusieurs mètres d’ascension ! En ce jour de la saint Nicolas, dans son immense bonté, je pense qu’il est aussi le patron des Spéléos ! D’après Philippe, cette échelle a été changée récemment, mais l’atmosphère de la grotte provoque une réaction chimique lorsque l’aluminium et l’acier sont associés, une sorte d’électrolyse, que l’on a pu observer la derrière fois au boyau des billes. Il faut supprimer ces équipements hors d’âge et y mettre des broches !
Remis de nos émotions, il va falloir que l’on improvise avec nos équipements de fortune ; baudrier bricolé avec une sangle pour François et Philippe, moi j’ai gardé le mien depuis le début, un bloqueur basic et une poignée Jumar pour trois devrait faire l’affaire, on récupère les vieilles longes et au retour on descendra comme les anciens au noeud italien (technique de réchappe que tout bon spéléo doit connaitre) ! On teste la corde à deux, avant de s’engager, ça suffit les conneries !
17h, nous voici au-dessus de la cascade, nous suivons une petite rivière qui décrit des méandres que nous pouvons shunter par un corridor exondé. La suite se fait plus large, mais labyrinthique, nous y faisons d’ailleurs une boucle. On finit par trouver le passage en arrivant par le bas d’un éboulis (début de la galerie des Prédateurs). C’est une partie très « paumatoire » qui peut-être court-circuitée par un boyau supérieur matérialisé par un fil d’Ariane (fil de clôture électrique : peut-être pour parquer un Minotaure !), qui fait arriver en haut du dit éboulis. La suite passe par une diaclase déchiquetée de taille humaine, cap nord-est, nous retombons alors dans un tunnel plus gros où le concrétionnement s’accentue au fur et à mesure de notre progression !
Après 400 à 500 mètres au détour d’un passage bas, nous tombons sur quelques vestiges des explorations antérieures (bites à carbure, poubelles, bidon), puis nous remontons dans une magnifique salle en forme d’oeuf (20 par 30m), où les dépôts de calcite et les coulées stalagmitiques sont exceptionnels ! Est-ce par chauvinisme, mais la salle du Chat à la Buse (Ardèche) me paraît moins belle !
Le boyau du Fakir est juste à côté et celui-ci porte bien son nom ; il n’a rien d’inhumain mais avec un sac sherpa de 10kg chacun, nous y passons tout de même ¾ d’heure ! Il nous faut sortir un bout de corde pour enfin, les faire passer !
Nous rejoignons de nouveau la grande galerie qui est toujours aussi rectiligne ; nous marchons ainsi sans encombre dans le lit de la rivière sur près de 800m ! Notre parcours est agrémenté de belles coulées blanches descendantes du plafond et de fleurs de gypse qui éclosent çà et là ! Notre avancée nous pousse à rechercher un endroit propice au bivouac ; nous en repérons un en hauteur sur une terrasse recouverte d’argile ; nous pourrons y revenir, si l’on ne trouve rien plus loin !
Il est 20h et nous aimerions bien arriver à l’affluent du Y ; la largeur du réseau se rétrécit progressivement depuis quelques temps, nous le laissant espérer. Un décrochement se forme sur notre droite pour donner accès à un canyon large d’un ou deux mètres, d’une rare splendeur. En effet nous déambulons les jambes en opposition sur des coulées de calcite d’un superbe blanc immaculé, des stalactites nous forcent parfois à baisser la tête, avec deux mètres en contrebas l’eau cristalline de la rivière amont ! Plus loin, un esthétique ruisselet sortant de nulle part apparaît au détour d’un sculptural mini-méandre pétrifié de calcite qui semble impénétrable ! L’éclairage exceptionnel de nos lampes à Leds permet d’apprécier toute ces beautés… et dire que certains pensent que sous terre, c’est glauque !
Notre progression féérique dure sur environ 400m, et là plus loin, François repère une terrasse qui serait parfaite pour nous. Nous y grimpons. Oh surprise, c’est un ancien bivouac des explorations des années 80. On y retrouve d’ailleurs une gamelle émaillée, quelques bites de carbure, un bidon et une assiette en alu où Nanar y a écrit au dos un petit mot !


Il est 21h, nous décidons de nous poser et d’y installer notre campement. Une toile de tente pour François et Philippe, un hamac avec quelques couvertures de survies comme abri pour moi-même. Je plante un spit pendant que la soupe chauffe, une sangle de l’autre côté et mon lit est installé. Nous ne trainons pas pour manger un bolino et boire un thé ou une soupe et au lit vers 23h.
Les trois couvertures de survies ne m’offrent pas un abri confortable, je me suis caillé dans mon duvet, surtout que les trois bougies se sont tour à tour éteintes, dont l’une d’elle, la MTDE « 36 heures de survie » était morte après 6 heures de feux continu, 13 euros pour se geler les roubignoles, cela fait un peu cher !
Quant à mes deux acolytes, ils partagent à deux un matelas autogonflant dans une tente bien fermée ! Au bout de ¾ d’heure, ils commencent quelques peu à mal respirer, je dirai même pire, suffoquer, l’atmosphère est certes saturée d’humidité, mais il y a autre chose ! François a l’impression de faire un essoufflement comme en plongée, il s’évertue à vider ses poumons à fond pour évacuer le CO², mais rien n’y fait ! Philippe est dans le même état, c’est normal ils en avalent autant à chaque inspiration. L’ouverture de la tente trop hermétique sera salvatrice !
2h du mat, j‘ai des frissons, je n’y tiens plus : il faut que je pisse ! ça fait 1h que je me retiens, mais là il faut que j’y aille. J’ouvre délicatement mon duvet, en faisant bien gaffe qu’il ne pende pas sur le bord du hamac, car les flammes des bougies posées au sol n’attendent que ça ! Je m’efforce de ne pas faire trop de bruit pour ouvrir mon abri de manant car mes camarades dorment à deux pas ! J’enlève mes chaussettes chaudes pour mettre mes chaussons néo froids et humides. François ouvre un oeil ! « J’espère qu’il n’a pas foutu le feu au hamac !! » dit-il à Philippe qui ronfle à moitié. Il est rassuré quand il entend le jet continu d’urine tombé trois mètres plus bas dans la rivière ; je m’efforçais d’aller le plus loin possible ! « C’est bien du mec, çà ! » diraient certaines créatures…Et en fait j’urine dans l’affluent du Y sans m’en être rendu compte ; j’avais bien vu hier soir, en remplissant une bouteille, un cours d’eau venant de la gauche avec plus de courant qu’à droite, mais je n’ai pas percuté ! La nuit fut alternée entre frissons et ronflements, pour ces derniers, je faisais d’ailleurs un concours avec Philippe !
6h du mat, François qui n’a visiblement pas trop dormi, estime que l’on a assez ronflé ; on se lève, on déjeune rapidement un thé, on rassemble nos affaires en laissant sur place la tente, les duvets, le hamac, toutes les survies et un peu de bouffe dans les bidons.
7h, on est parti, en descendant les bancs rocheux, coté amont, j’interpelle François légèrement en contre bas « Eh, mais on y est au Y, il y a deux bras de rivière ! ». On n’a rien vu hier soir, on était bien fatigué !
Nous en resterons là pour aujourd’hui, et nous rebroussons chemin ! Nous sommes tout de même à 7h de la base des puits et à plus de 5 kms. Pour vous situer, nous sommes à quelques encablures à l’est de l’aéroport de Darois par 70 à 80 m sous la surface à cet endroit ! Comme dirait mon fils ainé, pour venir jusqu’ici post siphon, avec le matériel et les éclairages de l’époque, on peut dire que les premiers explorateurs « portaient leurs couilles ! »
Le retour se fait plus rapide ou presque ! 8h on est au fakir, nous le franchissons en 30 minutes, nos sacs ont quelques peu maigris ! On se perd dans l’éboulis des Prédateurs, où on a passé tout de même ¾ d’heure à retrouver le passage pour le réseau de la Porcelaine ! Il est presque 11h, quand nous descendons sur la vieille corde raide de la cascade ; on y casse la croûte ! 12h on est un Putsch, nos collègues descendus ce matin n’y sont pas ! Nous poursuivons en passant par le bas de la rivière Amont, puis dans la galerie fossile de l’enclume.
Ah, des voix se font entendre, en effet, c’est Soso, accompagné de la fille d’Annick, Eugénie et de son homme ! La conversation s’engage sur nos péripéties, Patrick nous parle d’hier ! Je suis complètement déphasé, mais on est encore aujourd’hui ! Ah oui, la nuit a été si longue, on n’a pas vu le soleil depuis 24h, on pourrait se croire en Scandinavie, avec ses aurores boréales mais on n’a eu droit qu’à des horreurs pédicurales (les pieds de François ont souffert de notre excursion souterraine). Lorsqu’on crapahute longuement dans des conditions quelques peu extrêmes, avec une humidité importante, il faut être en bonne forme physique, avoir des vêtements techniques de bonne qualité, car on risque des échauffements à des endroits gênants type « Burnes out » pouvant même aller dans certains cas au déclenchement d’une « Hyper-couillite » !
Nous poursuivons dans la grande galerie, croisons la famille Faivre au complet, avec les deux miss Marie et Myriam, puis plus loin Jean-Louis.
14h, nous sommes à la base des puits, encore 1h et nous serons dehors sous un soleil d’hiver, après une sortie de plus de 26 h.







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