Carnet de route

REVERIES D'UN RANDONNEUR SOLITAIRE

Le 18/03/2020 par Wiedmer Jean

REVERIES  D'UN  RANDONNEUR  SOLITAIRE AU  PAYS  DES  HELVETES  ET  SES ARETES  DU  JURA, HAUTE  ROUTE  SUISSE  N°5   (partielle)

    C'est l'été, le soleil brille dans quelques jours, je dispose d'une semaine sans contrainte.
Quel itinéraire linéaire choisir parmi tous les rêves emmagasinés au fil des années ? Finalement je jette mon dévolu sur les arêtes du Jura et sa haute route N° 5.
Ayant déjà parcourus au fil des ans une grande partie du sud au nord

  • en ski de randonnée nordique sous tente
  • avec des refuges à l'avenant (du temps ou les granges offraient la possibilité de se mettre à l'abri)
  • mais aussi à pied par petit et grand tronçons

    Ça sera finalement la suite, au nord, de mon point ultime atteint il y a quelques années ; Noiraigues.en Suisse   
    Je consulte le topo sur le site de randonnée Suisse Mobile et munis des cartes à « des  couettes », je tente d'élaborer mon trajet sachant qu'un ami en partance pour Zurich, va me déposer au départ choisi. Pas facile de m'organiser : entre les hébergements qui ferment certains jours, ceux en vacances et ceux trop éloignées du parcours, je me résigne à rajouter dans le sac à dos le duvet léger, le hamac, un petit réchaud et de la nourriture supplémentaire. Moi qui rêvais de marcher léger !
   Dimanche midi, me voici sur le départ au niveau du village d’Altschloss au Nord ouest d'Aarau. Première montée sur le fil de l'arête entre prairies, forêts, arêtes rocheuses, petites descentes et petites montées. Les kilomètres défilent rapidement. C'est de bon augure car mon premier hébergement ferme à 18h 30 en ce jour dominical et je n'ai pas envie de me serrer la ceinture ! Auparavant une raide descente sur Balsthal suivi d'une longue montée jusqu'à ma ferme auberge va me mettre en appétit. Je suis le seul client et c'est le patron qui partage une bière avec moi avant le repas. Il pleut et tonne toute la nuit.
   Au petit matin ; brouillard et silence vont m'accompagner toute la journée. Le soleil tente de percer et m'oblige à sortir les lunettes de soleil. Quelques trouées permettent de voir la plaine et la vallée situées de part et d'autre de cet itinéraire très roulant. Des panneaux didactiques sur les planètes de notre système solaire égayent le parcours. Durant le repas du soir à l'auberge, j'échange avec deux randonneurs Suisse qui ont eu la même difficulté pour organiser leurs hébergements. Ce soir c'est dortoir dans un chalet skieur situé à 300 m de l'auberge et de magnifiques lys martagons nous souhaitent bonne nuit à notre passage ! Petit déjeuner royal  « open chesse » sur la terrasse et au soleil. Celui-ci sera un fidèle compagnon jusqu'à la fin avec une contrepartie : rêve de bière fraîche au-delà de la normal. Toujours entre prairies, pâturages et forêts avant la grande descente sur la ville de Bienne où je compte trouver un distributeur de billet car les Suisses préfèrent les règlements en espèces dans les petits hébergements et j'ai oublié de faire le plein en partant ! Fin de la descente à travers le zoo de la ville. Une bière en terrasse, remise à niveau de la réserve d'eau, DAB et je m'engage à travers les belles gorges encaissées de « Tobeloch-schlucht » qui ont un petit coté « vintage » par leur aménagement. Au hameau de Frinvillier une longue montée m'attend avant de pouvoir installer mon bivouac sur début de la zone plane de cette fin de journée. Soirée homme des bois et durant la nuit l'éclipse de lune ne me réveille pas pour assister au spectacle, dommage ! !
    Après le petit déjeuner je constate, malgré mes précautions qu'il ne me reste que 20cl d'eau !
   C'est reparti sur le fil de l'arête avec espoir de trouver un point d'eau. Mais que né-ni il ne faut pas rêver Jean. Sur les hauteurs il n'y a pas de sources et c'est une année de sécheresse. Les fermes d'alpage disposent de citernes cadenassées et s’il y a un robinet extérieur il y a un molosse qui m’empêche d’accéder à la ressource et pas âme qui vive à la ronde ! 16 kilomètres me sont nécessaires pour atteindre l’hôtel du Chasseral où je  remets à niveau les divers réservoirs en liquide et en solide. Me voilà repartie par la Combe Cosse dont le chemin est en partie arraché par un  récent orage. Je trouve les panneaux modificatifs de l'itinéraire en arrivant au niveau du village du Pâquier ! Devant une bière je me renseigne auprès de l'autochtone sur une possibilité d'hébergement. « Mais mon pauvre Monsieur ne rêvez pas le dernier orage à emporté le pont et nous sommes en partie isolé ». Le seul établissement viable est en congés l'autre fermé car ces murs ont été endommagés. Qu'à cela ne tienne je vais poursuivre jusqu'à la « Vue des Alpes ». Arrivé en marge du col un chien berger se prend de sympathie pour moi et est à deux doigts de provoquer un accident lors de la traversée de la route dont le trafic est dense. Ayant confié le chien à un automobiliste amis des bêtes j'arrive enfin à l'Hôtel restaurant la Vue des Alpes. Ça sera l'étape la plus longue du parcours 39 km et 1350m D+. Au repas du soir mon sang Français ne fait qu'un tour en voyant la carte de la « rösti » à toutes les sauces et la carafe d'eau du robinet à 5 CHF j'en appellerai bien à la DGCCRF mais ici point de ça.  Au réveil je compte sur « my dream » qui me prédit un retour tranquille.
   Dernière ligne droite sur Noiraigue et après vérification des horaires de trains je me dis que cela me laisse de la marge pour une petite pause boisson / gâteaux avant de prendre le train.  Au niveau de « Grandes Pradières » lecture d'un immense panneau qui signale une zone de protection totale avec interdiction de sortir des chemins tout en respectant la nature. J’entends des bruits de fusils mitrailleurs qui attirent mon regard et vois des buttes de tirs et des véhicules dans la zone. Je finis donc de lire les explications du panneau qui mentionne « il n'y a pas de contradiction entre la protection de la nature et les activités de l'armé ». Effectivement nous sommes bien en Suisse avec ses antagonismes. L'arête rocheuse au-dessus de la vallée de l'Areuse est bien belle et le sentier utilise toutes les astuces pour éviter les pièges d'une descente en mode cailloux sur la vallée de l'Areuse. Noiraigue, Noiraigue tout le monde s'arrête au bistro, hélas  le seul encore de ce monde et en travaux donc adieu à mes petites douceurs ! A la place du guichet de gare il y un bar / épicerie, une bien maigre consolation. Devant l'automate distributeur du sésame ticket pour Dijon, je ne peux malheureusement pas l'invectiver contre sont incompatibilité informatique à me délivrer un billet malgré la destination en mémoire. Je me renseigne auprès de contrôleurs, non, d'agents verbalisateurs qui travaille sur la ligne privée circulant entre Neuchâtel et Fleurier. Réponse : nous sommes la pour verbaliser et non pour renseigner et de tout façon on y connaît rien et faite donc une vidéo de votre démarche devant l'automate pour vous justifier auprès des contrôleurs de la ligne Neuchâtel >> Pontarlier >> Frasne. Une fois dans le train mon sang Suisse est en action et je cherche un contrôleur pour régulariser ma situation de clandestin avec passage de frontière. Pas l'ombre d'un seul :, ici aussi économie de personnel  ! À Frasne vite fait un billet pour monter dans le TGV qui pointe son nez au bout du quai.

Conclusion :
   Superbe randonnée avec des paysages variés et surprenants, des barres rocheuses insoupçonnées en pleine forêt  et des vues sur l'Arc Alpin qui sont toujours aussi merveilleuses. Il ne faut pas rêver mais un minimum de préparation semble nécessaire pour enchaîner d'un hébergement à l'autre. Et si besoin d'être munis de son titre de transport, chemin de fer, à l'avance : acheté en France ou dans une grande gare en Suisse. Via l'application des transports Suisse pour le prendre en ligne est aussi possible.
Pour préparer son itinéraire :
https://www.schweizmobil.ch/fr/suisse-a-pied/itineraires/itineraires-nationaux/route-05.html
Y sont mentionnés les auberges et les hôtels ainsi que les horaires des transports publics.
Utiliser les cartes pédestres au 1:60 000  de Hallwag  Kümmerly+Frey    swisstravelcenter.ch
Sur ses cartes les auberges sont symbolisées et certaines ne sont pas sur le site Suisse mobil, mais avec un peu de patience il est possible de les trouver sur le net. Bien vérifier leurs jours d'ouvertures.
Il n'y a pas de source pérenne éventuellement se munir d'un filtre et de pastilles pour purifier l'eau de citerne si vous y avez accès compris celle du restaurant au Chasseral.
 L'argent liquide est quasiment indispensable dans les hébergements éloignés de la « civilisation »

                                                                                  Juillet 2019

                                                                                        Jean Wiedmer

 

 







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