Carnet de route

Randonnées au pays des merveilles en mode "COVID" : 2nd partie

Le 02/11/2020 par Jean Wiedmer

Note : la première partie est disponible dans le bulletin d'hiver 2020, disponible au club ou au format PDF sur le site.

J-0

Nous voilà tous réunis : Édith, Alain, Jean-Pierre et moi même. Chargement de la voiture et top départ pour «Terme die Valdierie» (Italie) en passant par Grenoble, la Grave ; (pique nique sous un beau soleil face à la Meije), Briançon, col de Vars, col de Larches et enfin le lieu dit «Terme die Valdierie» après 8h de trajet quand même, mais plus court que l'année passée ! (12h).
Accueille en mode «covid», repas du soir, puis avant de se coucher, chacun réajuste le contenu de son sac. Qui enlève un truc pour le remplacer par un bidule ou un machin,  techniques différentes mais résulta identique : le sac est toujours aussi lourd ! Jean-Pierre, lui, découvre une fuite dans son «camelbak». Remplacement immédiat par une bouteille de Badoit et une petite gourde qu'il gardera à portée de main.

J+1

Après une prise de température par l'hôtelier et le petit déjeuner, départ en mode cape de pluie sous une légère bruine qui nous quittera au bout de 3/4 heure. Ensuite, le soleil sera bienveillant, à travers les nuages, un certain temps.
Au premier lac, nous cassons une petite croûte dans le nuage. Poursuite sur un chemin, en partie carrossable construit par l'armée italienne lors de la dernière guerre mondiale. Assemblage de blocs de pierre de plusieurs dizaines à centaines de kilos formant une chaussée parfaite (il n'y aurait plus que les joints à réaliser !!)
 Arrivée au refuge Questa (italien) dans le nuage. Nous passons une partie de la fin de journée à épier l'éclaircie qui nous permettrait de découvrir le lac au pied du refuge. Le miracle advint avec en prime un magnifique reflet de la montagne en arrière. Le refuge est très petit : pas de sas d'entrée, petite cuisine, une chambre pour le gardien,deux petites chambres dont une pour nous, un dortoir à l'étage avec un unique accès depuis la salle par une échelle métallique mais le luxe ; wc moderne à l'intérieur avec lavabo. Le tout ne doit pas dépasser 60 m2 au sol. Pour les plus anciens montagnards du groupe, ceci leur rappelle leur début dans les «cabanes».

J+2

Petit déjeuner italien : pain blanc, biscotte, beurre et confiture en dosette, thé ou café. Attention au coup de fringale après de telles agapes, heureusement que nous avions anticipé, par expérience, nos vivres de course en tiennent compte. Ce n'est pas la grand chaleur mais le soleil est là. Par un bon chemin et route militaire nous rejoignons une série de lacs au pied de bâtiments militaires largement au stade de retour à la nature !! Grande descente suivie d'une montée plutôt directe au refuge Rémondino (italien). Nous sommes accueillis par un groupe de bouquetins femelles et de jeunes de l'année qui sont en train de lécher avec avidité les roches où la gardienne à déposé ??
 Un certain nombre de photos de Patrick Gabarrou ornent l'entrée du refuge et la salle à manger. Cela m'intrigue et j'en fais part à la gardienne. Pour mémoire Patrick Gabarrou est un des grands alpinistes des années 1980 / 2000 de par ses réalisations de haut niveau sur l'ensemble des sommets européens , Amérique du sud,  massif himalayen et autres. Surprise à la fin du repas, il rejoint notre table. En fait c'est le conjoint de la gardienne ! Je l'avais rencontré au CAF de Paris en 1976 et lui en fais part, exclamation de sa part et de là, nous échangeons sur nos connaissances communes notamment sur les les guides dijonnais de la grande époque de Jean-Marc Boivin. Notre Jean-Pierre est même chargé de le remettre en relation avec un guide dijonnais de sa génération.

J+3

Petit déjeuner identique à celui de la veille ! Après une photo du groupe en compagnie de Patrick, nous partons en mode «cape de pluie» sous la bruine tout en levant les jambes pour gravir un ensemble de marches et de gros blocs qui nous mène au col du Brocan. Au col, nous quittons la cape mais surtout pas la fourrure polaire. Éclaircie, rayons de soleil timides qui  mettent le prochain lac et barrage bien loin. Le but de la petite journée. 900m de descente dans un raide sentier caillouteux qui se transforme rapidement en un concours de sauts d'obstacles sur gros blocs et un final sur des cailloux glissants que les petits lutins farceurs mettent en travers du chemin afin que nous chutions. Manœuvre réussie avec Alain = pantalon déchiré et quelques ecchymoses sans gravité. Cette descente nous a tendu nerveusement mais, heureux d'arrivé au refuge Genova (italien).
Accueil par un gardien qui tel un kangourou n'arrête pas d'apparaître et de disparaître sur le seuil du refuge et nous qui attendons sagement ses instructions pour entrée à travers tout un système de circulation «covid». Nous en rigolons mais en même temps nous nous inquiétons sur la possibilité d'un repas compte tenu de l'heure avancée, 13h 30. Enfin nous suivons le maître des lieux; pièce au sous-sol avec sèche chaussures soufflant, fil pour sécher les affaires etc..C'est classe ! Notre chambre plutôt spacieuse  permettra à certains d'étaler au large leurs affaires. Première urgence une «leffe pression» et la collation. Le gardien nous concocte une salade italienne avec des légumes frais du jardin de la vallée. Un vrai régal !!. Nous qui avions rêvé de lasagnes, elles nous furent refusées par le maître queux sous prétexte qu'elles seront au menu de ce soir. Un café, une sieste suivie d'une promenade jusqu'au déversoir du barrage situé en contre-bas du refuge nous mettent en appétit pour le repas de ce soir. Nous voici attablés face à notre première assiette d'antipasti, prélude à un repas digne d'un très bon restaurant. Bref, ce fut un menu à 5 plats : soupe courgette, croûtons, fond délicat de polenta avec une feuille de laurier en décoration, suivis des fameuses lasagnes, puis blanc de poulet, purée au curry, et ensuite, de la polenta accompagnée de petites saucisses agrémentée d'un brin de romarin pour déco et enfin car, il lui semblait, qu'il nous reste un peu de place, le dessert maison lui aussi : nougat glacé nappé de poudre de chocolat.
Et comme à l'opéra, l'artiste rentre et sort de sa cuisine pour nous expliciter et décliner chaque plat sur «l'air du catalogue dans Don Giovanni de Mozart». Note finale (dans les deux sens) devant le comptoir : une grappa offerte par le maître des lieux. Nous montons d'un pas lourd l'escalier menant à notre chambre et pour certain un ultime effort pour accéder au couchage haut. Nous avons la panse pleine et le sommeil peine à venir.

J+4

Le meilleur petit déjeuner de la région au dire de notre hôte sur ressorts. Cela s'avérera exact par la suite. Départ tranquille, pour assurer la fin de la digestion, sur un bon sentier aménagé et fréquenté depuis plusieurs siècles par le commerce du sel  entre la plaine du Pô et les bords de la Méditerranée. Passage du col de Fenestrelle descente au fond du vallon, petite collation au pied du refuge Ellena Soria (italien). Et c'est reparti ! direction col de Fenestre. Jean-Pierre se laisse distancer, enfin c'est sa mécanique qui ralentit : ampoules aux talons ? Réaction avec le repas d'hier soir ? Non ! Il a seulement grignoté une barre céréale non expérimentée dans le Dijonnais. Je l’attends, l'encourage (ne pas lui dire que nous n'en sommes qu'à la moitié), il se dope et c'est reparti, doucement puis de mieux en mieux. Nous rejoignons nos amis en mode «frigo» à l'abri d'une ancienne caserne. Petite pause alimentaire et enfin nous franchissons le col sous une légère pluie, direction le refuge de Madone de Fenestre (français) par le chemin muletier. Plus de pluie et Jean-Pierre trotte devant ! Douche chaude et grande chambre pour nous quatre. Les alèses plastiques vont contribuer à troubler le sommeil de ceux qui tentent d'occulter le bruit du ronfleur.

J+5

Météo du jour : «météoblue» : pluie le matin éclaircie l'après midi : «météociel» : beau le matin et pluie l'après midi ! Nous choisissons celle qui prédit le beau le matin puis l'autre pour l'après midi. Départ pour la plus longue étape de notre séjour avec le sourire car il y a des nuages mais pas de pluie. Arrivée au refuge de Nice, après avoir franchi notre 1er col, une petite pluie nous invite à casser la croûte sous l'auvent et à prendre une boisson chaude avant d'affronter la suite. Le gardien nous douche en nous disant que l'on vient juste de parcourir le 1/3 ! Oups ! Allez 1ère petite et nous voilà plein d’entrain à l'assaut du deuxième col. Passage au bord de nombreux lacs mais pas question de se baigner. L'argument recevable : nous n'avons pas le temps !
Au niveau du lac du Basto : à droite vers le col, évident, ou bien à gauche le long du lac puis à droite vers le col peu marqué ? Chacun campe sur sa position et après vérification ; le long du lac est adopté. Nous aurions la veille repris l'itinéraire sur la carte, il n'y aurait pas eu de malentendu. Le col de Fontanalba, le dernier du jour, se laisse franchir par un long faux plat montant final. Reste théoriquement que de la descente direction, le fond de vallée et sa forêt de mélèzes. Le refuge Fontanalba (français) est bien caché dans celle ci. Nous avions déjà pronostiqué une arrivée tardive depuis un certain temps. Effectivement nous arrivons à 18h 58 et la gardienne nous accueille en nous disant qu'elle ne nous attendait plus et qu'elle s’apprêtait à descendre en ville avec son mari pour dîner à Casterino. Après explication sur notre étape du jour, elle comprend mieux notre arrivée tardive par rapport à notre lieu de départ. Mais pas de problème, je vous installe, vous pouvez profiter de l'eau chaude pour vous doucher, vous avez aussi le temps de boire une bière et le repas surprise sera prêt ! Bonne surprise et c'est de plus délicieux !

J+6

Grand beau et petit dèj sur la terrasse en compagnie des premiers rayons de soleil, que c'est agréable ! 8 heure ; Eric, le garde du Parc National du Mercantour nous prend en charge pour une visite guidée des gravures rupestres de la zone de «Fontanalba». Ce n'est pas un scientifique de la question mais un excellent connaisseur du site avec une approche différente qui nous permet de découvrir une civilisation d'éleveurs remontant à -3000 ans av JC. Passionnant ! Il nous lance l'idée d'une thèse sur la corrélation entre la limite de la bouse de vache et les représentation plutôt spirituelle des gravures, donc affaire à suivre. Un dernier regard sur l'ensemble du site et des roches moutonnées nous permet de porter haut et fort l'expression «ma che bella chiapa».* Retour sur la terrasse du refuge où nous apprécions, après ces efforts intellectuels mais aussi sportifs (D+ 300m), une délicieuse omelette aux champignons . Fin d'après midi par une descente tranquille à travers les mélèzes et les pâturages. Au hameau de Castérino (français) nous sommes logés dans un bâtiment annexe de l'hôtel soit un grand dortoir avec de grands lits et toutes commodités.

J+7

Dernière étape et pas des moindres par la distance et son dénivelé négatif qui angoissent un peu les possesseurs de genoux frêles ou fragilisés par les étapes précédentes. La météo n'a jamais été aussi favorable. Le soleil brille, quelques nuages pour le décor et une brise fraîche ont de quoi nous rendre pleins d’entrain. Montée rapide au premier col, traversée de magnifiques pâturages au son des clarines des vaches «Piémontaises», et voilà le dernier col du séjour. Nous basculons sur l'autre versant pour un dernier émerveillement visuel avec en contre-bas le lac «Della vacca» d'un bleu intense et aux multiples reflets. La suite de l'itinéraire est évident : un unique vallon et son chemin qui plonge au départ puis chemine gentiment le long de la rivière. C'est en fait interminable ! Arrivée sur le parking qui marque la fin autorisée de circulation de la route mais aussi l'entrée dans le parc italien «Alpi Maritimi» puis du parc français au-delà de la frontière.
Sac à terre, enlever chaussures, ôter chaussettes et tremper pieds et jambes dans l'eau glacé du torrent fut réaliser en cœur sans commandement !
Le taxi, commandé il y a 1 mois arrive un peu en avance et nous voilà déjà sur le chemin du retour. Chacun est silencieux sur son siège et sûrement en train de rembobiner les souvenirs de cette randonnée itinérante réussie sans problème majeur.
Fin de journée en terrasse devant une boisson rafraîchissante bien connue des randonneurs avec le plaisir d'échanger sur les moments forts de cette randonnée.

J+8

Retour maison

 

 * Pour la traduction s'adresser à l'un des participants !

Conclusion : nous sommes prêts à repartir avec ou sans complément "covid"

 

Quelques chiffres car cela plaît toujours !  

  •  Temps de marche pauses comprises : 51h
  •  Dénivelé positif :  6515 m
  •  Dénivelé négatif : 6770 m
  •  Distance parcourue : 99,20 km
  •  Masques lavables, gel hydroalcoolique individuel et collectif
  •  Budget : 621 € tout compris. Covoiturage à 0,22 € / km pour le véhicule.

Observation de dizaine de chamois, bouquetins, marmottes, grand corbeaux et même une belette. Ah j'allais oublier la présence de : montagnes, falaises, rochers et cailloux divers et variées.

Topos et cartes disponible à la bibliothèque du club.

Le groupe, les conditions météo, les étapes, le profile etc ... avec éventuellement un incident peuvent facilement changer le temps de marche et le ressenti personnel en fin de séjour.

Toutes les photos sont ici.







CLUB ALPIN FRANCAIS DIJON
5 RUE CAPORAL BROISSANT
21000  DIJON
Contactez-nous
Tél. 03 80 43 86 02
Agenda